Changement climatique et économie

Le récent rapport de l'économiste anglais Sir Nicholas Stern sur le réchauffement climatique et son effet possible sur l'économie mondiale est un nouveau cri d'alarme. Il concorde avec tous les autres.Voir ce rapport. Il reflète l'inquiétude grandissante de toute la communauté internationale sur l'interconnexion entre la croissance économique, le développement durable, le réchauffement climatique, l'extinction des espèces vivantes, et la démographie galopante d'Homo.sapiens.sapiens.

Voir l'article du Figaro du 18-19 novembre.

Ce qui est en cause c'est la propension de l'homme se multiplier exponentiellement, à occuper tout l'espace offert à la vie, à exterminer les espèces vivantes qui lui sont utiles, et à s'exterminer lui-même entre communautés hostiles. Ce processus ne date pas d'hier; il jalonne toute l'histoire de l'homme moderne depuis qu'il est apparu il y a moins de 100 000 ans, résultat de millions d'années d'évolution. Grâce à son cerveau, il a acquis au cours de son histoire, toute la technique par laquelle il a pu influer sur le monde et multiplier ses effectifs au point de dépasser plus de 6 milliards d'individus en 2006; et on prévoit entre 9 et 13 milliards à l'horizon 2050.

Mais aujourd'hui nous atteignons peut-être les limites de la planète. Que la terre se réchauffe pour des raisons naturelles ou à cause de notre action, le résultat est le même. Car c'est l'apparente rapidité de ce changement qui est le danger. De tous temps, les espèces vivantes ont migré pour occuper des territoires et trouver la nourriture nécessaire à leur survie et leur reproduction. Le processus de la sélection naturelle de l'évolution selon Darwin, a permis cette adaptation des espèces, utilisant la variabilité génétique, en réponse aux variations du climat et de l'environnement. Mais quand les variations sont trop rapides, le processus de l'évolution qui demande de nombreuses générations, n'a pas le temps de jouer et les espèces concernées sont menacées d'extinction. Les extinctions d'espèces sont de tous les temps; il y en a eu des massives, comme à la fin du permien où plus de 90% des espèces ont disparu, ou au crétacé où 65% des espèces ont disparu dont les dinosaures; mais les disparitions d'espèces sont un processus permanent et continu qui se déroule devant nous aujourd'hui.

Par la formidable expansion de ses effectifs et de sa technologie, l'homme modifie l'environnement nécessaire à la vie de toutes les espèces animales et végétales. Il en a été ainsi depuis que l'homme a acquis les moyens techniques d'intervenir sur l'environnement. C'est ainsi que les grands mammifères de l'Amérique du Nord ont disparu il y a 12 000 ans lorsque les premiers hommes arrivés d'Asie ont peuplé le continent. En effet, quand les Européens ont découvert les Amériques après 1492, il n'y avait pas de grands mammifères domestiqués.

Le changement climatique est là, il est rapide et il annonce peut-être l'amorce de la décroissance drastique de nos effectifs, voire l'extinction de notre espèce. En effet, pour assurer la pérennité de notre culture et de notre technique, il ne faut pas qu'il y ait réduction drastique des effectifs dans les communautés qui détiennent les clés de cette technique.

La publication de ce rapport alarmant coïncide avec l'émission sur F2 mardi 31 octobre 2006 de la première émission de la terre vue du ciel de Yann Arthus Bertrand. Yann Arthus Bertrand lance lui aussi un cri d'alarme sur l'état de la planète. J'ai retenu deux épisodes particulièrement significatifs: la destruction de la forêt primaire en Tasmanie par le feu pour y planter des espèces d'arbres à pousse rapide pour alimenter l'industrie du papier. Et la prolifération de la perche du Nil dans le lac Victoria. Cette perche du Nil, espèce étrangère à l'écosystème du lac fut introduite en 1954 par les colons anglais. Ce poisson s'est multiplié au point d'occuper tout l'écosystème, se nourissant des autres espèces non préparées par l'évolution à s'en protéger; les hommes l'ont pêché pour l'exporter dans les pays riches, et maintenant la perche du Nil a atteint les limites de l'écosystème du lac au point qu'elle va disparaître faute de nourriture, après avoir provoqué l'extinction de toutes les espèces vivantes du lac. C'est le résultat de l'action de l'homme mais plus significatif encore, c'est l'image de l'évolution de l'homme moderne sur la planète. Notre cerveau est la raison de notre formidable expansion; mais il sera aussi peut-être, la raison de notre perte, à moins que nous ne l'utilisions pour échapper à notre propre extinction.

L'épilogue du livre de Jared Diamond "le 3è chimpanzé", éditions Gallimard traduction par Michel Blanc, est particulièrement intéressante car elle résume de manière parfaite ce point de vue.

Le réchauffement climatique paraît de plus en plus inéluctable, admis par la majorité des scientifiques, et maintenant par les politiques, les économistes et les grandes entreprises du secteur de l'énergie. La première priorité est de s'y adapter et d'agir. Mise à part la réduction de la croissance de la population que l'on ne peut évoquer, les moyens de lutter contre le réchauffement climatique sont de s'adapter au climat plus chaud et plus aride par les techniques agricoles, de se protéger contre les inondations et les sécheresses par des infrastructures appropriées, et de stabiliser les émissions de gaz à effet de serre produits lors de la combustion du carbone. Le défi est de découpler le développement économique, de l'énergie produite par les combustibles fossiles, charbon, pétrole et gaz. Autrement dit, il s'agit de passer d'une économie dominée par le carbone et les émissions associées à sa combustion, à une économie plus propre et moins de carbone. Depuis le début de l'ère industrielle, nous avons considéré l'oxygène de l'air dont la combustion dépend, comme infini et sans valeur alors que le CO2 produit est la cause le réchauffement climatique et menace la vie de toute la planète.

Changer de politique énergétique implique d'améliorer l'efficience de la consommation d'énergie, d'utiliser les énergies renouvelables et le nucléaire, de développer la recherche et les technologies permettant de réduire la consommation d'énergie, de capter et stocker le CO2 produit par la combustion des énergies fossiles - charbon pétrole et gaz - pour la production d'électricité, d'acier et de ciment, de réduire l'énergie fossile - pétrole et gaz - utilisée dans les transports, de réduire la déforestation et les changements de destination des sols. Voir le résumé des conclusions du rapport Stern publié en 2006.

Cela nécessite de prendre en compte le "coût social planétaire" de l'émission de gaz à effet de serre - CO2, H20, CH4, et autres - sous forme de CO2 équivalent CO2e, soit par la taxation, soit par un marché d'échange de droits à polluer, soit par une règlementation stricte des émissions ou une combinaison des trois moyens. Le marché d'échange de droits à polluer permet à des pays développés gros pollueurs et producteurs de CO2 qui dépassent les normes imposées par leurs gouvernements, d'acheter des droits à polluer à des pays en voie de développement peu pollueurs et faibles producteurs de CO2. Ce faisant ils permettent à ces pays de financer les surcoûts représentés par les technologies avancées pour réduire les émissions de CO2, améliorer l'efficience d'utilisation de l'énergie. Les pays en voie de développement sont légitimement en droit de profiter des avancées technologiques qui accroissent leur bien-être, ce pourquoi ils ont besoin de développer leur production d'énergie, leurs infrastructures et moyens de transport, leur production d'acier et de ciment, toutes fortes productrices de CO2. Si ces pays s'équipaient de technologies anciennes très productrices de CO2, ce seraient 40-50 ans d'accroissement de CO2 aux conditions les plus mauvaises.

Mais le rapport Stern est l'objet de vives critiques notamment de la part des climatologues. Et lire cet article qui en explique bien les raisons "Giving Up On Two Degrees " (anglais). C'est que les scientifiques du changement climatique nous donnent des données beaucoup plus alarmantes en matière de hausse du CO2e et de hausse possible de température qui en résulterait. En effet, les politiques se sentent satisfaits d'une hausse de température moyenne planétaire de 2°C et c'est sur cette hypothèse que se base l'économiste Nicloas Stern. Son rapport est politique, non scientifique. Or les observations et les prévisions des scientifiques sont beaucoup plus élevées que 2°C, donc les objectifs fixés sont trop faibles. La relation entre taux de CO2e dans l'atmosphère et hausse de température moyenne de la planète n'est pas scientifiquement établie, et l'on raisonne en termes de probabilités en fonction des modèles de simulation du climat sur ordinateurs. Mais compte tenu des probabilités annoncées, il faudrait une réduction beaucoup plus drastique des émissions de gaz à effet de serre que ce qui a été annoncé à Heiligendamm. Sinon la crainte d'un effondrement de la civilisation est réelle. Et ceux qui invoquent les erreurs des futurologues passés ne peuvent dissiper les craintes.

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Mis en ligne le 01 novembre 2006 par Pierre Ratcliffe Contact: (pratclif@free.fr)    site web: http://pratclif.free.fr